La souffrance n'est pas une maladie !
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J'aimerais partager quelques réflexions
sur les conditions de prise en charge de la souffrance psychique, en réaffirmant
que, le plus souvent, elle n'est ni une maladie, ni une fatalité
inéluctable. Une thérapie est souvent nécessaire pour intégrer ces évènements traumatiques et les traverser. Elle est rarement prescrite ! La prescription médicale apparaît dominante comme réponse à la souffrance et à ses effets. Les médicaments occupent une place de choix dans notre société. Cependant, ils ne devraient être qu'une aide transitoire permettant de soutenir le corps et de renforcer les fonctions psychiques. Ils ne sont pas suffisants. Le recours massif et souvent exclusif aux médicaments constitue un risque important de chronicisation de la souffrance et de ses symptômes. La prise en compte de la souffrance suppose essentiellement un accompagnement thérapeutique, avec parfois une prise en charge médicale, notamment, lorsque le corps est épuisé et les fonctions psychiques gravement affectées. On assiste actuellement à une surmédicalisation des situations de souffrance, le plus souvent sans autre accompagnement thérapeutique. La réponse médicale ou psychiatrique apparaît aujourd'hui dominante dans les prises en charge. Cette tendance est renforcée par le fait que, seule, cette prise en charge est remboursée par la sécurité sociale. La réponse médicale des situations de souffrance est alors prévalente. Les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, ne sont pas véritablement formés à cette approche de la souffrance et de ses déterminants. Aussi, dans la réalité, la prise en charge de la souffrance s'appuie-t-elle le plus souvent sur une prise en compte des symptômes et sur une réponse médicamenteuse, sans orientation thérapeutique véritable. La médicalisation de la souffrance devrait se faire avec discernement, plus particulièrement en tenant compte des problèmes réels de dépendance à ces produits et avec la nécessité de mettre en place des protocoles progressifs de sevrage, ce au fur et à mesure que les personnes vont mieux. Cela est loin d'être proposé et bon nombre de personnes deviennent pharmaco-dépendantes. Il apparaît que, souvent, le premier destinataire de la "plainte souffrance" est le médecin généraliste. Celui-ci est, en réalité peu formé, à l'écoute, à une prise en compte de la souffrance, à une compréhension du fonctionnement psychique. La réponse s'organise assez rapidement autour d'une prescription médicamenteuse. L'alternative thérapeutique est rarement proposée. Au mieux est-il suggéré de consulter un confrère psychiatre. La réponse exclusivement médicale induit un certain nombre de conséquences, incompatibles avec un travail thérapeutique réel :
La
thérapie suppose l'activité du sujet et son adhésion
à un dispositif d'accompagnement. L'écoute
n'est pas une thérapie. Elle est importante mais elle est loin
d'être suffisante. A la décharge de chacun, il faut reconnaître qu'il est souvent difficile de se repérer dans les diverses propositions thérapeutiques, différentes selon la fonction de la formation des professionnels et du cadre dans lequel ils interviennent. Rappelons quelques repères de base :
Ainsi, pour accompagner la souffrance psychique, il ne suffit pas de :
Certaines équipes, certaines structures, certains professionnels se sont spécialisés dans la prise en charge de certaines problèmes, construisant progressivement des réponses adaptées et en évolution. Ceux-ci privilégient le plus souvent une approche pluridisciplinaire et un travail d'équipe. Il importe de connaître et de reconnaître la compétence de ces professionnels, de ses équipes et des savoirs -faire développés. L'approche simplement généraliste est préjudiciable, souvent limitée, parfois néfaste car elle ne peut proposer les réponses adaptées. Ainsi, en est-il des problèmes liés à l'alcoolisme, à la toxicomanie, aux conduites suicidaires, aux troubles de la conduite alimentaire, aux traumatismes, aux chocs, aux deuils, par exemple.. Les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, méconnaissent souvent ces structures (ou ne leur reconnaissent pas toujours une compétence spécifique). Ils ne sont pas formés à l'écoute, à la prise en compte de la souffrance. Et pourtant, ils ont tendance à répondre exclusivement sur cette question, sans faire appel à d'autres. Le
médicament apparaît être une solution sécurisante
pour le patient comme pour le médecin. Pourtant, celui-ci est souvent
le premier, et parfois le seul, professionnel à entendre la souffrance
et la plainte qui l'accompagne. Actuellement, on assiste à des confusions quant aux rôles et aux places qu'occupent ces différents professionnels de santé ou d'éducation, comme si ils étaient équivalents et interchangeables. On a du mal à connaître et à identifier leurs compétences spécifiques, par exemple en matière d'accompagnement de situations de violence. La souffrance tend à devenir un marché et, à ce titre, à mobiliser différents types de professionnels et de structures, pas toujours formés à l'approche de ces difficultés. Ainsi, seul un quart des souffrances sont de nature psychiatrique, les autres supposent un autre type de prise en charge. Il convient donc de connaître les structures adaptées et d'identifier de façon spécifique les compétences de chaque professionnel et de leur rôle : médecin, psychiatre, infirmier, psychologue, psychothérapeute, éducateur, assistant social.... Ce ne sont pas les mêmes compétences, les mêmes métiers, les mêmes contextes ou cadres d'intervention. L'approche généraliste, surtout lorsqu'elle se veut exclusive et suffisante, est préjudiciable car elle prive parfois le sujet d'une réponse plus appropriée. Ainsi, bon nombre de femmes victimes de violence se voient prescrire par leur médecin des anti-dépresseurs comme réponse à leurs plaintes de souffrance. La formation et l'information des médecins généralistes semblent naturellement essentielles. On assiste aujourd'hui à une vision syncrétique de toutes ces approches, comme si elles étaient identiques, interchangeables. Il convient d'être vigilent sur la compétence des professionnels et des équipes impliqués. Il s'agit d'informer sur les compétences de ces structures ou professionnels. Ainsi, par exemple, en ce qui concerne les lieux d'écoute, les groupes de paroles, le travail proposé variera en fonction des compétences de l'animateur et du cadre dans lequel il intervient. Ces réponses ne sont donc pas équivalentes, même si leurs intitulés semblent identiques. La souffrance est avant tout l'expression d'un malaise, d'un mal-être, d'une souffrance qui a du sens et une origine. L'accompagnement thérapeutique vise à permettre à la personne d'avoir accès à ce sens, à cette origine, à relire son histoire et les événements qui la jalonnent, à mettre à jour les déterminants, à faire d'autres choix de vie, à transformer sa manière de vivre et de voir le monde. Une écoute et une prise en compte précoce et adaptée de la souffrance, en lien avec l'origine et le sens de celle-ci, sont une garantie contre un risque de chronicisation somatique de la souffrance, de ses symptômes et de ses effets. A nommer la souffrance et à la traiter comme une maladie, on la fait exister comme une maladie ! La personne qui souffre se vit alors comme malade, elle attend du soignant qu'il soigne sa maladie. Elle demande une prise en charge et elle s'abandonne au soin. Elle se vit comme impuissante, attendant du soignant qu'il la soigne et qu'il fasse ce qu'il faut pour que la souffrance, et les symptômes qui l'accompagnent, disparaissent. Il s'agit encore une fois de souligner la place tout à fait ambiguë de la prescription médicale de médicaments. Les médicaments ont naturellement une place comme soutien au corps lorsque celui-ci est trop épuisé pour soutenir le travail thérapeutique. La souffrance ne se "soigne" pas, elle demande aussi à être entendue et abordée sur un plan thérapeutique. Il s'agit d'aider la personne à l'entendre, à la prendre en compte, à mettre à jour le sens, à en changer la lecture et les déterminants, à la dépasser. La souffrance suppose souvent un accompagnement thérapeutique véritable, c'est-à-dire mis en oeuvre par un psychothérapeute compétent. Et la thérapie suppose que la personne qui souffre soit active dans ce processus. La représentation, souvent trop exclusive du soin, tant de la part du public que des professionnels, a des conséquences importantes sur le déroulement de la prise en compte de la souffrance. Le risque est grand de médicaliser à outrance la souffrance, contribuant ainsi à une désignation implicite, le plus souvent, en terme de maladie et à son appréhension exclusive en terme de symptômes somatiques. La personne qui souffre n'est pas malade. Aussi, le modèle de soin, au sens médical du terme, est impropre, ou tout au moins insuffisant, à décrire la souffrance et à l'appréhender. C'est cependant un modèle largement répandu auprès de la population et des professionnels eux mêmes. Cette vision risque d'invalider un certain nombre de propositions et de conduire à une médicalisation excessive et coûteuse, à long terme pour le patient et la sécurité sociale. La souffrance n'est pas une maladie, même si elle suppose parfois, et de façon transitoire, une prise en compte de ses conséquences somatiques. L'essentiel est ailleurs, en lien avec la ou les causes premières de la souffrance. C'est cela même l'objet d'un accompagnement thérapeutique, recherchant la disparition de la souffrance et de ses effets, par une prise en compte et un "soin" des blessures et des traumatismes d'origine, conduisant à une intégration psychique des événements concernés. La souffrance n'est pas une maladie et les médicaments, s'ils en masquent souvent les symptômes, ne sont pas suffisants à la soigner. Etre un professionnel de santé ou de l'éducation n'induit pas que l'on soit compétent pour un accompagnement thérapeutique de la souffrance. La souffrance a souvent du sens et, si elle doit être parfois aidée par une prise en charge médicale, elle suppose un accompagnement adapté et respectueux de ce qu'elle est, c'est-à-dire essentiellement l'expression entravée et douloureuse d'un désir profond de vie pour la personne concernée. La souffrance est une plainte de vie, il importe parfois de "pousser" la plainte pour entendre ce qui veut vivre pleinement derrière ce cri.
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